{"id":3588,"date":"2024-01-12T11:31:29","date_gmt":"2024-01-12T10:31:29","guid":{"rendered":"https:\/\/alessiodelfino.com\/alessio-staging\/femmes-dor\/"},"modified":"2024-01-12T11:31:29","modified_gmt":"2024-01-12T10:31:29","slug":"femmes-dor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/femmes-dor\/","title":{"rendered":"Femmes d&rsquo;or"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Le nu comme lueur de l\u2019absolu<\/strong><\/h2>\n<blockquote><p><em>\u201cTout ce que je sais de l\u2019espoir que je fonde sur l\u2019amour, est que seulement une femme peut lui donner r\u00e9alit\u00e9.\u201d<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Ren\u00e9 Magritte,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En pleine \u00e9poque de clins d\u2019oeil \u00e9rotico-t\u00e9l\u00e9visuels, Alessio Delfino se prot\u00e8ge des obsessions contemporaines en r\u00e9alisant un fastueux \u201crefroidissement\u201d du nu. Apr\u00e8s avoir d\u00e9di\u00e9 deux s\u00e9ries aux rapports entre le corps et la lumi\u00e8re, en obtenant de brillants r\u00e9sultats aussi bien dans la transfiguration du corps en paysage que dans la transfiguration de la chair en fragiles et myst\u00e9rieuses \u00e9critures, le photographe Italien aboutit \u00e0 la s\u00e9rie nouvelle, consacr\u00e9e aux \u201cFemmes d\u2019Or\u201d, et \u00e0 la photographie objet. Une oeuvre photographique dramatique et volage qui devient un objet baroque. Les corps et les fonds qui les re\u00e7oivent deviennent une texture unique de lumi\u00e8re qui s\u2019alimente de pulsations homog\u00e8nes. La peau sur laquelle tombe la coul\u00e9e d\u2019or durcit jusqu\u2019\u00e0 transformer la femme en statue. Delfino obtient ses r\u00e9sultats en interpr\u00e9tant le texte de l\u2019histoire de la photographie qui, partant de Man Ray effleure Helmut Newton pour arriver \u00e0 Robert Mapplethorpe, en r\u00e9alisant les portraits de \u201cfemmes d\u2019or\u201d comme s\u2019il r\u00e9alisait des essais sur la lumi\u00e8re. La perfection de la masse, la plasticit\u00e9 des volumes corporels et l\u2019harmonie des formes sont dans la foul\u00e9e d\u2019un Mapplethorpe tant que l\u2019artiste americain respecte les canons classiques de la beaut\u00e9, mais il diverge du Mich\u00e9lange New Yorkais quand son obsession du sexe se nourrit d\u2019une \u201cphotographie pornographique\u201d et toute en muscles, comme en est la d\u00e9monstration patente le clich\u00e9 d\u2019un jeune Arnold Schwarzennegger, expos\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 au Museum of Modern Art comme une sculpture vivante. Delfino aussi, est influenc\u00e9 par le charme \u00e9ternel de la sculpture mais le corps a pour lui une valeur spirituelle pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par d\u2019autres photographes. La masse plastique prend \u00e2me gr\u00e2ce a un jeu engendr\u00e9 par l\u2019opposition entre la duret\u00e9 m\u00e9tallique du reflet et la douceur de ces gradations. La photographie pure s\u2019\u00e9vade vers l\u2019art de l\u2019installation, et l\u2019or de l\u2019image se r\u00e9verb\u00e8re dans le cadre qui, bien concret, semble contenir et prot\u00e9ger la chair en se d\u00e9mat\u00e9rialisant dans la photographie. Les feuilles d\u2019or exaltent la finesse des traits du corps comme une pr\u00e9sence concr\u00e8te. A une \u00e9poque comme la n\u00f4tre, dans laquelle la communication \u00e9quivoque et les sous-entendus aguicheurs \u00e0 des fins commerciales, le corps devient un r\u00e9ceptacle de signes, de messages provocateurs et interdits. Alessio Delfino rem\u00e9die \u00e0 cel\u00e0 en \u201cd\u00e9shabillant\u201d le nu, en \u00e9liminant tous les signes, en cherchant la Forme du corps, en cherchant la Vie du corps. En faisant bien attention de ne pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un photographe d\u2019\u00e9rotisme il cherche \u00e0 neutraliser tous les \u00e9l\u00e9ments charnels de la peau avec une couche de peinture dor\u00e9e, et en tamisant la lumi\u00e8re et en att\u00e9nuant la couleur. On est donc conduit dans la \u201ccaverne platonique\u201d face aux ombres qui ne nous trompent pas mais nous introduisent \u00e0 la vision de la v\u00e9rit\u00e9, si nous nous sentons capables d\u2019aller au-del\u00e0. La photographie d\u2019Alessio Delfino ne veut pas nous exciter, ne veut pas nous titiller, elle ne fait pas de clins d\u2019oeil \u00e9grillards. Elle ne peut pas parce qu\u2019elle n\u2019a pas de regard, elle n\u2019a pas de visage. Sans \u00e9l\u00e9ments expressifs, sans volont\u00e9 de repr\u00e9senter un pouvoir et, sans v\u00eatements, qui sont comme des masques, les \u201cfemmes d\u2019or\u201d d\u2019Alessio Delfino ne peuvent pas nous duper mais seulement s\u2019offrir \u00e0 la contemplation esth\u00e9tique, d\u00e9pourvue compl\u00e8tement du facile refuge du magma bouillant de la persuasion \u00e9rotique ratifi\u00e9e par la civilisation de l\u2019image.   <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ces sages postures n\u00e9oclassiques, dans la chor\u00e9graphie qui d\u00e9veloppe une g\u00e9om\u00e9trie in\u00e9dite ou dans les contorsions d\u2019un expressionisme ac\u00e9phale le corps du mannequin devient hi\u00e9roglyphe, symbole d\u2019un concept plus \u00e9lev\u00e9, extracorporel. Dans les formes corporelles on retrouve aussi des images de danse sacr\u00e9e que le mannequin improvise et que l\u2019artiste comprend dans un jeu infini entre son art, propre \u00e0 elle et le \u201cmantra du d\u00e9clic\u201d du photographe. Un rite priv\u00e9 qui a au centre l\u2019appareil photographique,cet oeil m\u00e9canique qui enregistre l\u2019\u00eatre de l\u2019artiste, son esth\u00e9tique, ses convictions sur le th\u00e8me de la beaut\u00e9 et l\u2019espoir de salut. Dr\u00f4le d\u2019ambivalence que celle de Delfino: ou \u201cart director\u201d d\u2019un studio de pub ou photographe d\u2019art: Alessio oscille entre d\u00e9mon et saint, entre ex\u00e9cuteur d\u2019artifices photographiques et entre enqu\u00eateur romantique de l\u2019au-del\u00e0. Sa condition qui est schizo\u00efde et strabique le conduit \u00e0 transformer le femme en forme d\u2019art, en vision abstraite \u00e0 la Brett Weston, le photographe am\u00e9ricain qui a transform\u00e9 le \u201cnu\u201d en l\u2019immergant de nuit dans une piscine et en obtenant des fragments de lumi\u00e8re, des coupures et des \u00e9tincelles d\u2019une extr\u00e8me puret\u00e9 que Delfino veut ramasser comme un t\u00e9moignage. Mais de quoi? Des corps? Ce serait r\u00e9ducteur, m\u00eame si ce sont eux le th\u00e8me \u00e9vident autour duquel tourne une s\u00e9rie de rapports \u00e9tudi\u00e9s et recherch\u00e9s par le photographe. Par exemple, la cristallisation sculpturale de la chair, l\u2019asphyxie du corps dans l\u2019objet baroque, la transformation de la peau en lumi\u00e8re, la recherche des formes et des proportions, la cr\u00e9ation de l\u2019harmonie classique et de g\u00e9om\u00e9trie moderne.          <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Souvent les nus ne sont pas tels, ils sont vision \u00e9rotique, projection d\u2019un inconscient collectif masculin, couverts de v\u00eatements raffin\u00e9s et de soyeuse persuasion qui g\u00e9n\u00e8re des jeux artificiels infinis d\u2019\u00e9change de r\u00f4le,d\u2019amour perverti et de satisfaction sexuelle r\u00e9fr\u00e9n\u00e9e. Delfino parcourt une route inaccessible en s\u2019\u00e9loignant des sentiers battus et rebattus de l\u2019Eros pour raconter la femme \u201cune et multiple\u201d qui entre la danse extatique et le repos interminable, s\u2019offre \u00e0 nous comme vestale, matrone et sybille dont l\u2019\u00e2me ne colle plus \u00e0 la peau mais s\u2019\u00e9coule comme une cascade d\u2019or qui, dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, bloque son cri muet. Le corps f\u00e9minin qu\u2019Alessio Delfino reproduit est dot\u00e9 d\u2019extr\u00e8me d\u00e9licatesse, de douceur sereine, d\u2019arborescente nodosit\u00e9, racine enfonc\u00e9e dans la chair et directrice qui converge vers le centre du monde. M\u00eame s\u2019il suit l\u2019\u00e9l\u00e9gance du dessin d\u2019un autre proph\u00e8te du nu, Helmut Newton, Delfino n\u2019en suit pas son culte de la \u201cS\u00e9rie B\u201d et ce go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour une sc\u00e9nographie, issue des corps, qui veut \u00e0 tout prix raconter une histoire et cette fascination pour la mode et le glamour qui s\u2019y rattache. Delfino enl\u00e8ve l\u2019essentiel, et laisse la possibilit\u00e9 \u00e0 un collectif masculin de cr\u00e9er son propre imaginaire. Pour lui, le nu est avant tout pauvret\u00e9 extr\u00e8me de signification, abandon de chaque chose et de soi, soumis au regard, plein d\u2019interrogation du spectateur. Pour ces raisons, le corps f\u00e9minin peut devenir symbole de l\u2019absolu, de ce qui est \u201cab-solu\u201d sans relation aucune ou terrestre,ou concr\u00e8te,ou contingente,ou, enfin, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. En observant les Femmes D\u2019or, qui se profilent sur le fond comme source de lumi\u00e8re, on per\u00e7oit l\u2019imaginaire du photographe, le commencement du d\u00e9sir et de ses signaux physiques qui le g\u00e9n\u00e8rent, mais on voit aussi une position morale et une d\u00e9finition philosophique de ce que veut dire photographier le nu. Et peut-\u00eatre on per\u00e7oit, en consid\u00e9rant, aussi, les s\u00e9ries photographiques pr\u00e9c\u00e9dentes de Delfino, une fresque cosmogonique du nu f\u00e9minin. Un go\u00fbt panth\u00e9istique pour la femme-univers, pour la <em>femme-nature<\/em>, qui part de Gustave Courbet de l<em>\u201dOrigine du Monde\u201d<\/em> et rejoint \u201cGradiva\u201d de Federico Fellini, en passant par l\u2019iconoclaste Marcel Duchamp de <em>\u201cEtant Donn\u00e9 1\u201d<\/em> ou par le gigantisme des r\u00eaves hallucin\u00e9s d\u2019un Charles Bukowski des <em>\u201cContes de la Folie Ordinaire\u201d<\/em>. \u201cQuand on me demandait de raconter une de mes fantaisies \u00e9rotiques\u201d \u2013 confessait Michelangelo Antonioni- \u201c\u00e9trangement je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la montagne. La nature peut \u00eatre dramatique, ou idyllique mais elle ne peut pas \u00eatre \u00e9rotique. Mais moi, je pensais \u00e0 un paysage fait de formes humaines, de montagnes et de vall\u00e9es dans un corps de femme\u201d. Monde d\u2019Antonioni que Delfino conna\u00eet bien, qui va au-del\u00e0 de l\u2019Eros, monde de questions sans r\u00e9ponses, troublantes et silencieuses. Capable d\u2019alimenter une g\u00e9om\u00e9trie \u00e0 la Vitruve et \u00e0 la Vinci (inscrite dans les proportions du corps humain) qui unit la recherche de Delfino aux aspirations humanistiques de la Renaissance, de l\u2019homme \u201cmesure de toute chose\u201d. Dans le regard \u201cm\u00e9dusant\u201d de Delfino se condense une math\u00e9matique sensuelle qui cherche dans le corps de nouveaux chiffres de l\u2019univers, ou mieux encore, des fragments de corps prot\u00e9g\u00e9s dans des cadres dor\u00e9s, dans des exub\u00e9rantes cages dans lesquelles Delfino collectionne le r\u00e9pertoire d\u2019une \u201cwunderkammer\u201d personnelle. Une Chambre des Merveilles qui nous invite au-del\u00e0 des r\u00eaves en couleurs d\u2019une contemporan\u00e9it\u00e9 m\u00e9diatique et \u201cconsuensuelle\u201d pour nous immerger dans la r\u00e9alit\u00e9 pleine d\u2019aventure et fragment\u00e9e de statues d\u2019or tir\u00e9es du pass\u00e9. Le microcosme de Delfino se base sur une <em>\u201cArs Inveniendi\u201d<\/em>, une \u201cMathesis\u201d universelle qui cherche \u00e0 receler toutes les formes possibles de son sujet. De m\u00eame que C\u00e9zanne avec la Sainte-Victoire, le corps f\u00e9minin devient pour Delfino son obsession: le commencement et la fin d\u2019un voyage immobile hors du temps et de l\u2019espace, qui chevauche une \u00e9tincelle de lumi\u00e8re dor\u00e9e,  <\/p>\n<p>         qui, par un hasard \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se nomme Femme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nu comme lueur de l\u2019absolu \u201cTout ce que je sais de l\u2019espoir que je fonde sur l\u2019amour, est que seulement une femme peut lui donner r\u00e9alit\u00e9.\u201d Ren\u00e9 Magritte, &nbsp; &nbsp; En pleine \u00e9poque de clins d\u2019oeil \u00e9rotico-t\u00e9l\u00e9visuels, Alessio Delfino se prot\u00e8ge des obsessions contemporaines en r\u00e9alisant un fastueux \u201crefroidissement\u201d du nu. Apr\u00e8s avoir d\u00e9di\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3638,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13,37],"tags":[],"class_list":["post-3588","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-femmes-dor-fr","category-series-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3588"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3588\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3638"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}