{"id":3587,"date":"2024-01-12T11:26:57","date_gmt":"2024-01-12T10:26:57","guid":{"rendered":"https:\/\/alessiodelfino.com\/alessio-staging\/reves\/"},"modified":"2024-01-12T11:26:57","modified_gmt":"2024-01-12T10:26:57","slug":"reves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alessiodelfino.com\/fr\/reves\/","title":{"rendered":"r\u00eaves"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\">Les \u0153uvres qu\u2019Alexis Dauphin nous propose comme chiffre expressif de ses &lsquo;r\u00eaves&rsquo;, \u00e0 travers la s\u00e9rie de ses derni\u00e8res photographies, peuvent-elles \u00eatre r\u00e9f\u00e9r\u00e9es au domaine des sources somatiques oniriques, celles que Freud appelle hypnotiques ? Dans une certaine mesure oui et non, \u00e0 comprendre ce que l\u2019artiste dit par rapport \u00e0 la capacit\u00e9 de m\u00e9moriser, m\u00eame visuellement, les moindres d\u00e9tails des objets en \u00e9tat de <em>souplesse<\/em>Alors que, devant maintenir une attention vigilante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des physionomies, cette pr\u00e9cision de d\u00e9tail s\u2019\u00e9largit dans une perception parfois indistincte et peu calqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> De m\u00eame que les observations sur l\u2019\u00e9tyologie du r\u00eave par le p\u00e8re de la psychanalyse, les images <em>r\u00eav\u00e9es<\/em> de Delfino se fondent en \u00ab\u00a0multiples objets similaires ou totalement identiques\u00a0\u00bb(1), mais \u00e0 l\u2019inverse, elles ne concernent pas les stimuli sensoriels internes en \u00e9tat de relaxation mais l\u2019intentionnalit\u00e9 attentive et objective de la veille.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Ce sont plus des r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s qui interrogent la &lsquo;nuit&rsquo; de Mnemosine que le balayage herm\u00e9neutique de ses s\u00e9quelles diurnes au r\u00e9veil.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Cependant, les compositions, de petit format, semblent activer les m\u00eames ingr\u00e9dients rh\u00e9toriques que l\u2019on retrouve dans le travail onirique inconscient. Pendant ce temps, ce sont des concr\u00e9tions de postures corporelles &#8211; l\u2019artiste en th\u00e9rapie toujours avec des mod\u00e8les nus, de pr\u00e9f\u00e9rence des figures f\u00e9minines &#8211; r\u00e9unies sur la base d\u2019un tri des diff\u00e9rents mouvements qu\u2019il extrapole, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019instrumentation num\u00e9rique, par des \u00e9chantillonneurs de poses d\u00e9passant presque toujours cent clich\u00e9s \u00e0 chaque session de travail avec chaque sujet.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Chaque photo repr\u00e9sente une position du corps du mod\u00e8le, qui fonctionne essentiellement comme le th\u00e8me de d\u00e9part du &lsquo;r\u00eave&rsquo;, qui se conformera en image d\u00e9finitive &lsquo;condensant&rsquo; en une \u00ab personne collective \u00bb(2) plusieurs autres moments de son positionnement diff\u00e9rent selon les indications de l\u2019artiste. Celui-ci, comme un chef d\u2019orchestre, articule selon un parcours d\u00e9fini la s\u00e9quence motrice, en la suivant et en la fixant, station par station, \u00e0 travers la cam\u00e9ra en instantan\u00e9s successifs.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> De ce mat\u00e9riau, Delfino parvient \u00e0 la structure finale du &lsquo;r\u00eave&rsquo;, en choisissant les combinaisons plastiques qui semblent les plus adapt\u00e9es \u00e0 son id\u00e9e expressive et en op\u00e9rant une recomposition &lsquo;harmonique&rsquo; des diff\u00e9rentes figures dans un plexus ou &lsquo;dessin&rsquo; d\u2019ensemble inattendu et singulier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> L\u2019utilisation du papier coton pour imprimer les photos contribue \u00e9galement \u00e0 rendre les contours de l\u2019allotrope figuratif comme s\u2019ils \u00e9taient trac\u00e9s au crayon ou au pastel, au point que la construction imagin\u00e9e semble vapoter vers les nuances opaques du fond comme si elle voulait rendre \u00e9vidente la consistance incertaine et myst\u00e9rieuse, pour la r\u00e9miniscence vigilante, des parcours de la logique onirique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> M\u00eame temporellement, la dynamique constructive mise en \u0153uvre par l\u2019artiste est inh\u00e9rente au travail discontinu du r\u00eave pour lier les situations entre elles. En effet, chaque figure reconstitu\u00e9e &lsquo;fusionne&rsquo; en elle-m\u00eame, dans le <em>hic et nunc<\/em> de l\u2019artefact final et unique qui en r\u00e9sulte, des scans temporels diff\u00e9rents, des moments partiels de vie qui apparaissent encore identifiables, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019amalgame final qui les conforme historiquement \u00e0 la d\u00e9cision poi\u00e9tique de l\u2019auteur, seulement apr\u00e8s une analyse attentive et pr\u00e9cise.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> L\u2019effet \u00a0\u00bb a rebus\u00a0\u00bb, qui circule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette s\u00e9rie de photographies, r\u00e9side en revanche dans la difficult\u00e9 dans de nombreux cas \u00e0 situer &lsquo;morphologiquement&rsquo;, c\u2019est-\u00e0-dire en m\u00eame temps que les &lsquo;corps&rsquo; d\u2019appartenance, les parties anatomiques significatives (fesses, seins, sexe et membres)qui flottent d\u00e9sormais comme des signifiants irr\u00e9fl\u00e9chis dans l\u2019orgiastique r\u00e9ciproque inertie \u00e0 toute surface \u00e9pidermique possible.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> En voulant psychanalyser le Delfino lui-m\u00eame, il est cons\u00e9quent de lier la m\u00e9taphorit\u00e9 de la condensation, qu\u2019il propose au spectateur, comme allusion, derri\u00e8re le miroir, au d\u00e9sir de fusion totale avec le corps de la m\u00e8re par l\u2019enfant.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> En laissant continuer cette approche facile, le vrai message de l\u2019artiste pourrait alors r\u00e9sider dans l\u2019allusion, par translation, au caract\u00e8re f\u00e9tiche de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 travers laquelle la perversit\u00e9 polymorphe infantile trouve enfin une orientation socialement &lsquo;pr\u00e9sentable&rsquo;.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> La pente de ce jeu, m\u00eame amusant s\u2019il est pratiqu\u00e9 en surface, ne peut pas \u00eatre parcourue jusqu\u2019au bout, cependant, parce que les d\u00e9tails, apparemment marginaux des parties anatomiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019insistance du d\u00e9sir, nous font savoir qu\u2019une action de d\u00e9placement est perceptible juste par rapport \u00e0 ces derniers.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Alors ces composants m\u00e9tonymiques, tout en r\u00e9f\u00e9ren\u00e7ant \u00e0 travers les syneddoches visuelles dans lesquelles ils sont ench\u00e2ss\u00e9s en faveur de la volont\u00e9 de l\u2019artiste de reconstruire le corps de son mod\u00e8le, t\u00e9moignent au contraire qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un objectif secondaire par rapport \u00e0 ses intentions r\u00e9elles.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Les &lsquo;r\u00eaves&rsquo; d\u2019Alessio, \u00e0 travers les bizarreries architecturales corporelles avec lesquelles ils se pr\u00e9sentent, sont en r\u00e9alit\u00e9 des exercices m\u00e9taphoriques ou des exp\u00e9dients figuratifs pour nous parler de la substance physique de l\u2019\u0153uvre (d\u2019art).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Cette physicit\u00e9 (ou &lsquo;squelette&rsquo;) de l\u2019\u0153uvre est all\u00e9goriquement sugg\u00e9r\u00e9e \u00e0 travers l\u2019effacement formel de la continuit\u00e9 cin\u00e9tique du corps nu des mod\u00e8les, effectu\u00e9 en soulignant et en &lsquo;mettant \u00e0 nu&rsquo; qui se compose des deux tropes fondamentaux de la m\u00e9taphore et de la m\u00e9tonymie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> En plus de la valeur paradigmatique pour la grammaire de l\u2019inconscient, que m\u00eame Lacan sur la trace de Freud a repris pour illustrer les p\u00e9r\u00e9grinations du d\u00e9sir, M\u00e9taphore et m\u00e9tonymie ont toujours constitu\u00e9 l\u2019ossature de l\u2019armement &lsquo;linguistique&rsquo; par lequel l\u2019expression artistique a soutenu l\u2019imagination dans son effort de se concr\u00e9tiser sous forme conchiusa.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Or, avec la d\u00e9rive mani\u00e9riste du Conceptuel, \u00e9tablie pendant le Postmoderne, l\u2019art contemporain semble, \u00e0 cause de l\u2019appropriation et de la citation, avoir pris cong\u00e9 de l\u2019instance de cr\u00e9ation d\u2019un nouveau sens imaginaire, se limitant \u00e0 une illustration &lsquo;sens\u00e9e&rsquo; du r\u00e9el, o\u00f9 coexistent minimalisme et emphase, <em>understatement <\/em>et une expression criante, bref la r\u00e9surgence d\u2019une rh\u00e9torique n\u00e9o-baroque de forme et de contenu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> La proposition esth\u00e9tique d\u2019Alessio Delfino semble aller dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 ce courant majoritaire de &lsquo;relais&rsquo; de l\u2019existant, ses &lsquo;r\u00eaves&rsquo; font allusion \u00e0 un horizon possible de significations certainement &lsquo;m\u00e9taphysiques&rsquo;.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\">GianCarlo Pagliasso<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"> Notes<\/p>\n<ul>\n<li>Freud, <em>Opere,<\/em> vol.III, tr. it. a cura di C.Musatti, Torino, Boringhieri, p.38.<\/li>\n<li>p.273.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u0153uvres qu\u2019Alexis Dauphin nous propose comme chiffre expressif de ses &lsquo;r\u00eaves&rsquo;, \u00e0 travers la s\u00e9rie de ses derni\u00e8res photographies, peuvent-elles \u00eatre r\u00e9f\u00e9r\u00e9es au domaine des sources somatiques oniriques, celles que Freud appelle hypnotiques ? 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